{"product_id":"9782253112464","title":"MADAME BA","description":"\u003cp\u003e\u003cb\u003eAuthor:\u003c\/b\u003e ORSENNA ERIK\u003c\/p\u003e\u003cp\u003e\u003cb\u003ePublisher:\u003c\/b\u003e LGF\u003c\/p\u003e\u003cp\u003e\u003cb\u003eISBN:\u003c\/b\u003e 9782253112464\u003c\/p\u003e\u003cp\u003e\u003cb\u003ePublication Date:\u003c\/b\u003e March 30, 2005\u003c\/p\u003e\u003cp\u003e\u003cb\u003eDescription:\u003c\/b\u003e ExtraitMonsieur le Président de la République française J ai bien réfléchi : notre ancêtre est un oiseau. « Ô serefana ni yéliné gna » comme nous disons nous autres Soninkés.Je me suis éloignée du village j ai marché entre les pousses de mil j ai posé les deux mains sur ma tête pour me protéger du soleil j ai froncé les sourcils pour m étirer le cerveau et j en suis arrivée à cette conclusion : celui qui ne remonte pas aux siècles lointains des ailes ne comprend rien à notre histoire.Evidemment je pourrais farfouiller encore plus haut dans les souvenirs.Au commencement était la mer qui recouvrait l Afrique.Au commencement était le désert quand la mer se retira.Une origine est toujours la fille d une origine plus ancienne.Mais j ai pitié de vous.Je vous connais. A la télévision je vous ai vus nous rendre visite pauvres présidents. J ai constaté que vous possédiez tout sauf le loisir. Tout motards Mercedes hôtesses d accueil et climatisation. Tout sauf la liberté d aller tranquillement chasser la vérité jusque dans les époques les plus reculées. A peine arrivés quelque part déjà de l index vous tapotez sur le verre de votre Rolex platine. Déjà votre aide de camp vous murmure à l oreille la litanie des prochains rendez-vous. J en viens donc au fait. Je brûle les étapes. Je les incendie même.Au commencement était l oiseau. L oiseau volant où bon lui semble. Oublions la mer et le désert oublions pour l instant le fleuve Sénégal qui se mit un beau jour à couler de la montagne secrète Fouta-Djalon. Au commencement était l oiseau. L oiseau libre de jouer avec les saisons. Quand le froid se glisse sous mes plumes je gagne le Sud. Quand le printemps revient au Nord j y retourne.Alors l exemple des oiseaux entra dans l aÆme des hommes à peau noire. Nos peuples portent des noms qui sonnent dans l air comme ceux des oiseaux : Peuls Mandingues Toucouleurs Soninkés Bagadais Tounacos Barbicans... Et nos langues se rapprochent de leurs chants.Comme eux nous aimons la liberté parcourir la planète.Comme eux nous fuyons la douleur autant que faire se peut nous cherchons la douceur.Comme eux nous avions des ailes. Hélas nos ailes sont tombées. Il nous reste la marche.Monsieur le Président de la République française des armes des lois et des aéroports j ai par la présente le très respectueux et obéissant honneur de timidement mais résolument contester vraiment la décision de votre dame Consule Générale adjointe de Bamako Mme (non mariée) Gabrielle Lançon qui par une signature tarabiscotée en date du 17 septembre 2000 a refusé ma demande (urgente) de visa.Je sais bien que j aurais dû plutôt saisir la commission instituée par le décret no 2000-1093 du 10 septembre 2000 et qu aux termes de l article premier de ce décret cette saisine est «un préalable obligatoire à l exercice d un recours contentieux à peine d irrecevabilité de ce dernier ».Je sais bien. Mais le temps presse. Mon petit-fils a besoin un besoin vital de moi. Je dois le rejoindre en France sans tarder. D ou` mon appel direct à vous. Oh oh s étonnera forcément pressentant l embrouille le conseiller chargé en votre palais d ouvrir à votre place le volumineux courrier qui vous est adressé. Oh oh comment une banale Africaine institutrice région de Kayes (Mali du Nord-Ouest) a-t-elle aussi précise connaissance de notre jungle juridique ? A cette interrogation légitime je répondrai par les nom et qualité de mon conseil le jeune et timide mais si savant Me Benoît Fabiani avocat voyageur inscrit aux deux barreaux de Paris et Bamako. C est lui Blanc cent pour cent comme vous le porte-parole de ma vérité. Chaque matin depuis un mois j entre à huit heures précises dans son bureau m assieds sur son fauteuil (collant) de faux cuir et commence ma chanson colérique. Malheureux Me Benoît ! Tel l infatigable chasseur de papillons il court l espace à la poursuite de mes paroles. Une fois capturées il les aligne en phrases correctes et les pique sur le papier officiel. Tel le villageois bataillant contre la crue de son fleuve il lutte pied à pied contre mes débordements il m entoure de digues fragiles pour me garder dans mon lit m obliger à suivre mon propos et rien que lui. Tel le mari parfait à l infinie patience il doit supporter mes récriminations d auteur : tu rabotes ma spontanéité ! tu trahis ma complexité de femme ! Qu il soit remercié et lavé de tout faux procès !Je soussignée Marguerite Bâ suis Monsieur le Président de la République française seule responsable du recours gracieux qui va suivre.Depuis un mois ce document précieux ne me quitte pas. Je le porte contre moi comme la lettre d un amoureux secret. Ou je le brandis devant mes yeux pour qu ils l apprennent par cSur encore et toujours le gravent dans ma mémoire. La nuit il accompagne toutes mes visions. Si je rêve qu un bateau blanc vient me chercher le formulaire 13-0021 volette autour de moi comme une tourterelle annonciatrice de bonne nouvelle. Et si je vois mon petit-fils allongé dans un hôpital le formulaire l évente ainsi qu une palme bienveillante. Je l ai recouvert de plastique pour ne pas le tacher. Il ne manquerait plus que ça : de la graisse une bavure de café sur la belle page bicolore blanc\/marron pâle. Je ne veux dénoncer personne mais j en ai vu des 13-0021 maltraités des froissés des demi-déchirés des franchement dégueulassés. La chère consule générale adjointe en avait des haut-le-cSur rien qu à les parcourir. Aucun risque de ce genre avec moi. Je le respecte cet imprimé je vous le jure je le vénère autant que mon livret de famille. Je sais trop ce qu il représente : la clé d entrée dans votre beau pays celui de Molière Victor Hugo et Charles de Gaulle.Bien sûr le plus simple serait de se rencontrer. Incognito. A l endroit le plus pratique pour vous. Pourquoi pas une très discrète salle de transit en votre aéroport de Roissy ? Des amis m ont raconté comment ça se passait à l arrivée de l avion. Dès l ouverture des portes on sépare le bon grain de l ivraie. A droite une file pour les Blancs. A gauche une file pour les Noirs. La file de Blancs avance à belle allure. Normal. Ils sont chez eux. Bon retour au pays monsieur blanc madame blanche. On dirait que les policiers leur ouvrent les bras comme s ils étaient de la famille. Peut-être que tous les Blancs ont des policiers dans leur famille. Pendant ce temps-là les peaux plus foncées patientent interminablement. Tandis que d autres policiers ou peut-être des diamantaires déguisés en policiers examinent à la loupe aidés par des lampes spéciales à ampoule rouge les documents crasseux qu on leur a présentés.Je pourrais me trouver là dans la ligne qui piétine. Au lu de mon nom deux solides gaillards me mèneraient vers vous. On me prendrait pour une tricheuse une faux-papiers. Qu importe. Je suis prête à tout abandonner pour rejoindre mon petit-fils en danger même ma fierté.Je me présenterais à vous. J approcherais doucement ma bouche de votre oreille. Je vous donnerais les vraies nouvelles du continent pauvre. Pas celles que vous envoient les gens chargés de vous renseigner. Ces gens à ont peur. Ils veulent conserver leurs salaires détaxés. Ils gardent pour eux les informations inquiétantes celles que vous seriez furieux d entendre. Il paraît que je suis dérangée. Qu une telle entrevue secrète M. le Président\/Mme Bâ n existera jamais que dans les espérances d une folle. Dommage dommage.Revenons au cher 13-0021.Croyez-moi j aurais préféré vous économiser du temps et ne répondre que par trois mots maximum aux questions que très légitimement votre administration me pose. Mais comment puis-je vous faire comprendre la respectabilité de notre famille sans évoquer l histoire du crocodile ? Or je consulte et reconsulte le début de votre beau formulaire gratuit et ne trouve aucune demande d information concernant notre tana notre animal interdit.Sans cette connaissance primordiale toutes les autres données que je pourrais scrupuleusement vous fournir nom patronymique prénoms date et lieu de naissance n auraient pas plus de sens que des syllabes jetées au vent par quelque ivrogne amnésique.Que sauriez-vous de moi si je me contentais de l état civil et de sa maigre exactitude : je m appelle Marguerite Dyumasi épouse Bâ née le 10 août 1947 à Médine cercle de Kayes ?Il vous manquerait l essentiel ma relation familiale avec le patriarche Abraham les pouvoirs nyama de ma caste des Nomous les folies incontrôlables de mon fleuve Sénégal et bien d autres révélations propres à vous éclairer sur la nature véritable de cette Africaine qui se présente à vous fille femme mère et grandmère. Comment sans me connaître pouvez-vous décider de me fermer ou de m ouvrir les portes de la France ?Quant à mon sexe (rubrique n°004) comment le résumer à une simple croix griffonnée dans le carré M ou F ? Comme la suite vous le prouvera il garde en lui des mystères qui débordent largement ces classifications sommaires.La vie est une Monsieur le Président. Qui la découpe en trop petits morceaux n en peut saisir le visage. Que sait du désert celui qui ne regarde qu un grain de sable ? Au fait me répète mon avocat-scribe au fait madame Bâ je vous en supplie ! Vous croyez que la République française n a que cette seule préoccupation : prêter l oreille aux plaintes d une obscure demandeuse de visa ? Evidemment il a raison. Je ne dois pas me laisser entraîner par le courant des mots. Il faut vous dire que je suis née sur les bords du Sénégal. Les habitants du fleuve n ont pas de frein dans leur tête. Je vais faire mon possible. Je vous promets la brièveté. Enfin toute la brièveté compatible avec la vérité soninkéecelle qui vient des oiseaux. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .\u003c\/p\u003e\u003cp\u003e\u003cb\u003eType:\u003c\/b\u003e Romans francophones\u003c\/p\u003e\u003cp\u003e\u003cb\u003eRayon:\u003c\/b\u003e \u003c\/p\u003e\u003cp\u003e\u003cb\u003eFor the English version please search for the author on  \u003ca href=\"https:\/\/bookshop.org\/shop\/bonjourbooksdc\/\"\u003eour partner website \u003c\/a\u003e \u003c\/b\u003e\u003c\/p\u003e","brand":"LGF","offers":[{"title":"Default Title","offer_id":44342344908843,"sku":"9782253112464","price":17.98,"currency_code":"USD","in_stock":true}],"thumbnail_url":"\/\/cdn.shopify.com\/s\/files\/1\/0214\/8206\/files\/GetImage_ff36f05d-78ba-439e-8624-9f4ddea784d9.jpg?v=1783697766","url":"https:\/\/bonjourbooksdc.com\/products\/9782253112464","provider":"Bonjour Books DC","version":"1.0","type":"link"}